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Nos Beautés Secrètes • Le Suisse

Si vous vous rendez dans l'ancienne abbatiale d'Auchy-lès-Hesdin (actuelle église Saint-Georges et Saint-Silvin), vous ferez la connaissance d’un drôle de personnage à la tenue colorée. Il s'agit d'un garde suisse. Oubliés aujourd'hui, ces gardes suisses étaient jadis des figures familières dans les paroisses, symboles d'autorité et garants de la parfaite tenue des cérémonies religieuses.

Comment est-on passé du « Suisse », habitant du pays, au « suisse », nom commun désignant une fonction ?

A partir du XVe siècle, des Suisses se mettent au service du roi de France et forment des batail-lons plus particulièrement affectés à la protection du roi à partir du XVIIe. C’est la célèbre « Garde suisse » qui joue un rôle de premier plan dans l'entourage du roi, et sera le seul corps de garde conservé lors de la dissolution de l'armée royale en 1791. L’année suivante, les Suisses de Louis XVI se sacrifieront héroïquement lors de la défense du palais des Tuileries où ils se font massa-crer par les Révolutionnaires. Mais la tradition veut que, bien avant ce tragique événement, en 1771, Louis XV crée une pension pour les soldats vétérans de l’armée royale, âgés ou blessés, mais oublie d’en faire bénéficier les gardes suisses. A la place il les envoie dans les paroisses où ils seront rémunérés pour le gardiennage, la sécurité et le service d'honneur des églises, en grand uniforme et armés de la pertuisane, longue lance traditionnelle.

L’histoire est belle, mais dès le début du XIXe siècle, les suisses seront recrutés sur place, dans leurs paroisses parmi les hommes de bonne réputation, afin d’exercer leur mission lors des ma-riages, des enterrements, des processions où ils précèdent les prêtres et le cortège en rythmant le pas à l’aide de leur canne à pommeau qui frappe sur le pavé en ouvrant la marche. Ils accueillent les paroissiens à la porte de l’église, les conduisent à leur place et veillent au bon déroulement des offices en soulignant du son de la canne les instants importants de la cérémonie.

De leur origine militaire, les suisses ont conservé leur uniforme, très proche de celui des gardes du roi et qui les rend facilement reconnaissables. Outre leur habit, bleu pour les temps ordinaires, rouge pour les cérémonies solennelles et noir pour les enterrements, ils portent le bicorne avec aigrette, les bas blancs et les chaussures à boucles. Leur tenue est complétée par la lourde canne à pommeau, l’épée et la hallebarde.

La tradition des gardes suisses se perd après la Seconde Guerre mondiale, faute de moyens finan-ciers des paroisses. Aujourd’hui quelques rares villages, notamment en Alsace, continuent la tra-dition pour le service des grandes occasions. Ailleurs il ne reste souvent que les souvenirs, de vieilles photos et comme à Auchy-les-Hesdin leur bel habit exposé dans l’église.


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