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Nos Beautés Secrètes • Sainte ou pas sainte ?

En allant visiter l’église Saint-Martin de Rinxent et l’abbatiale Saint-Silvin et Saint-Georges d’Auchy-lès-Hesdin, toutes deux dans le réseau, vous tomberez nez à nez avec d’étranges sculptures représentant une belle jeune femme à la longue chevelure et… à la barbe foisonnante.

Vous êtes devant sainte Wilgeforte, la sainte barbue crucifiée, curieuse et rare représentation qui apparaît au XIVe siècle.


Pour découvrir son histoire il faut partir de son nom Wilgeforte qui veut dire Vierge Forte (Virgo Fortis). Pourquoi ce nom ? Plusieurs légendes circulent à son sujet : il s’agit soit d’une princesse voulant échapper à un mariage arrangé, soit une jeune femme sur le point d’être violée par des soldats ou même une jeune fille subissant les avances d’un père incestueux… Mais toutes ces histoires ont un point commun : une jeune pucelle sur le point de perdre sa virginité, secrètement chrétienne, dans un temps où les chrétiens sont persécutés, et voulant échapper à cette terrible épreuve. Ne désirant que Jésus Christ comme époux elle implore son aide pour échapper aux hommes. Son secours apparaît dans la barbe qui lui pousse sur le visage, la rendant hideuse aux yeux des hommes. Son père fou de rage devant (au choix selon la légende) le mariage annulé, la sorcellerie ou le dégoût décide de la crucifier à l’instar du mari qu’elle s’est elle-même choisi…

Vierge miraculeuse et martyre crucifiée elle devient une femme libre. Canonisée en 1583, patronne des miséreux et des femmes malheureuses en ménage, elle est alors fêtée le 20 juillet.


Cependant aujourd’hui elle est retirée du martyrologe romain puisqu’il est admis depuis le XIXe siècle qu’elle n’a jamais existé. Elle est le fruit d’un contresens iconographique et d’une malheureuse erreur d’interprétation de pèlerins occidentaux peu habitués aux coutumes vestimentaires orientales.

Pour comprendre ce malentendu il faut voyager jusqu’à la cathédrale de Lucques, en Italie, dans laquelle se trouve un Christ en croix byzantin du XIe siècle, portant la barbe et… entièrement revêtu d’une longue tunique. Il n’en faut pas plus à nos occidentaux pour confondre le Christ avec une femme ! D’autant qu’ils sont habitués à voir le Christ crucifié portant un pagne court autour des hanches (le périzonium). Même si la crucifixion est communément un supplice masculin et non féminin, l’imagination des pèlerins passant par Lucques rapportant dans les provinces du Nord de l’Europe des reproductions de cette image a donné vie à cette femme libérée, vierge martyre.

L’image de Wilgeforte reste rare. En France on en recense moins de dix, dont au moins quatre dans le Pas-de-Calais.

Pour aller plus loin, signalons aussi des pages pleines d’humour sur une des représentations sculptées de Wilgeforte conservée à Beauvais, pages dans lesquelles l’écrivain et historien de l’art J.-K. Huysmans explique en 1902 pourquoi on surnomme Wilgeforte « sainte Débarras », nous vous en laissons la découverte. (Article. p.273-280 paru en 1902 dans le recueil De Tout.)

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